Interview · SoundNZone

Interview de Raijin (RΔijin)

28 questions à RΔijin, artiste indé pop-rock de Paris, par SoundNZone : ses débuts, sa façon de faire un son, ses deux mixtapes de 2025 et ce qui arrive.

Ne pas lâcher ses rêves. Continuer même quand il y a des galères.

RΔijin · à la question 28

L'essentiel

10 ansEn sixième, son grand frère lui met une prod : il essaie de rapper dessus.
15 ansPremier passage en studio, puis premier clip avec storyboard.
2 mixtapesÉclΔir n9cturn3 (avril 2025), puis Stop The Smiling Moon (décembre 2025).
Prochain EP« Ils ont la haine 2 », avec Kidneyy. Elle Veut du Love en fait partie.

Enfant, il voulait être YouTubeur. Son univers : pop-rock, rap et R&B, une vibe sombre avec toujours de la lumière au fond, et des références à la pop culture (One Piece). Le déclic : W×3, du rap sur du pop-rock. Sa définition de la réussite : une communauté soudée, prête à venir le voir en concert.

Parcours et débuts

Pour commencer, comment te présenterais-tu à quelqu'un qui découvre ta musique aujourd'hui ?

Salut, moi c'est Raijin. Je fais un peu de tout : de la pop-rock, du rap, du R&B... J'aime toucher à plusieurs styles. Donc si tu écoutes, que tu kiffes et que tu as envie de rejoindre le bateau, bienvenue !

Quand tu regardes ton parcours jusqu'à aujourd'hui, quel a été le moment le plus déterminant dans la construction de Raijin ?

En réalité, il y en a plusieurs. Ce que j'ai remarqué, c'est que lorsque je traverse des choses compliquées dans ma vie personnelle, ce sont souvent les périodes où je fais mes meilleurs sons. Il y a des blessures qui m'ont marqué, que ce soit dans mes relations amoureuses, des trahisons amicales ou d'autres situations. Tout ça te construit.

Ça construit ma personne, ça construit Raijin, mes morceaux, mes projets et mon inspiration. J'essaie de laisser ressortir mes émotions à travers mes sons. Et puis, parfois, j'ai aussi simplement envie de me faire plaisir et de partir dans des délires plus spéciaux ou plus marrants.

Qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la musique sérieusement ?

J'ai commencé en sixième, j'avais environ 10 ans. Mon grand frère, qui a dix ans de plus que moi, m'a mis une prod et m'a dit : « Vas-y, essaie de rapper dessus. »

À l'époque, je ne savais même pas vraiment ce qu'était une instrumentale. J'ai essayé de rapper dessus et j'ai bien aimé. Ensuite, j'ai montré ça à mes potes. On descendait en bas de chez moi, on essayait de rapper, on rigolait, on s'amusait.

Petit à petit, on a continué.

À quel moment tu passes justement de « on s'amuse entre potes » à « je veux réellement devenir artiste » ?

Vers la fin du collège et le lycée. À un moment, je me suis dit qu'il fallait arrêter de faire ça uniquement pour rigoler et commencer à faire les choses sérieusement. Je suis allé en studio pour la première fois vers 15 ans.

Ensuite, j'ai voulu réaliser un clip. J'ai fait un storyboard, j'ai contacté un pote de mon frère qui avait du matériel et qui m'a filmé. J'allais aussi utiliser du matériel professionnel pour apprendre le montage. C'est à ce moment-là que j'ai compris que, si je voulais vraiment réussir, il fallait que je m'investisse.

Pourtant, au départ, ton rêve n'était pas forcément la musique ?

Non ! Quand j'étais petit, à la base, je voulais être YouTubeur.

Mais je n'avais pas vraiment le matériel pour le faire. Après, je me suis mis dans la musique. J'ai découvert que ça coûtait cher aussi ! Mais j'ai tellement kiffé que je suis resté dedans.

Quel regard portes-tu aujourd'hui sur tes premiers morceaux ?

J'étais jeune ! Quand je les réécoute aujourd'hui, ça représente surtout ma jeunesse.

Évidemment, j'ai évolué depuis, mais c'était marrant. Je m'amusais vraiment.

Qu'est-ce qui a le plus évolué chez toi depuis tes débuts : l'artiste ou la personne ?

Les deux, parce que pour moi ça va ensemble. L'artiste est un peu le produit de la personne. C'est la personne qui crée l'artiste. Donc si la personne évolue, forcément l'artiste va évoluer.

C'est comme un réalisateur. Quand il commence, il n'a pas énormément d'expérience et il va faire un film avec ce qu'il connaît. Puis il grandit, il vit des choses, il apprend et il va commencer à mettre davantage de réflexion ou de philosophie dans ses films.

Pour moi, c'est pareil.

C'est d'abord la personne qui évolue, puis l'artiste.

Est-ce qu'il existe une idée ou une ambition qui guide ton projet depuis le premier jour ?

J'aimerais créer une vraie communauté.

Des gens qui me donnent du love, évidemment, mais surtout qui s'en donnent aussi entre eux. Des gens qui se soutiennent, qui se motivent à réussir dans leur vie, qui ont de l'ambition.

J'aimerais créer une communauté soudée qui se donne de la force.

Eux peuvent m'en donner et, moi aussi, j'ai envie de leur en apporter.

Donc l'objectif dépasse les streams et les chiffres ?

Oui. J'aimerais aussi que mes sons aient un sens.

Évidemment que j'aime parfois faire un morceau simplement pour m'amuser. On rigole, c'est cool. Mais à terme, j'aimerais qu'il y ait quelque chose de plus puissant derrière.

Que quelqu'un écoute un morceau et se dise : « Putain, c'est moi. Je me reconnais là-dedans. »

Et si quelqu'un traverse une période vraiment difficile, j'aimerais qu'un morceau puisse lui faire penser : « En fait, il ne faut pas que j'abandonne maintenant. Il faut que je continue. »

J'aimerais transmettre certaines valeurs et savoir que ma musique a pu motiver quelqu'un.

Univers et création

Comment définirais-tu l'univers que tu construis à travers ta musique ?

Ça dépend beaucoup des périodes et des « arcs », on va dire. En ce moment, je suis dans quelque chose d'un peu particulier. À la base, il y avait une vibe assez sombre, mais avec toujours de la lumière au fond.

Avec Stop The Smiling Moon, ça a apporté une autre dimension. Quand tu écoutes certains de mes sons, j'imagine presque quelque chose à la One Piece. Comme Luffy qui affronte les problèmes de la vie.

Dans Smiling Moon, par exemple, tu regardes la lune et c'est comme si elle se moquait de toi. Elle peut représenter les gens ou toutes les choses négatives qui te regardent de haut. Elle est loin, tu ne peux pas l'atteindre. Et toi, en face, tu peux être dans une énergie à la Luffy, Nika, Gear 5 : tu sautes partout, tu joues presque avec la réalité.

J'aime ce côté étrange.

Il y a du sombre, de la motivation, du love, de l'énergie et parfois quelque chose de complètement « what the fuck ».

Comment sais-tu qu'un morceau te ressemble réellement ?

Ça commence dès la prod.

Sur YouTube, je peux écouter énormément de prods différentes. Et parfois, dans les trois premières secondes, il y en a une qui m'impacte immédiatement.

Je me dis : « Ça, c'est ça. »

Ensuite j'écoute la suite. Parfois le drop arrive et finalement je suis déçu. Mais quand tout fonctionne, je sais que la prod me correspond vraiment.

Donc mon identité commence déjà énormément dans le choix de l'instrumentale.

Tu cherches plutôt à construire une continuité artistique ou à explorer constamment de nouvelles directions ?

Les deux.

J'aime garder une base, quelque chose qui me ressemble, mais j'aime aussi essayer plein de choses différentes pour voir où ça peut m'emmener.

Qu'est-ce qui nourrit le plus ton imaginaire aujourd'hui ?

Ma vie, principalement.

Après, il y a aussi beaucoup de références à la pop culture, des métaphores, des images... J'aime transformer certaines choses en quelque chose d'autre dans mes morceaux.

Comment naît généralement un morceau chez toi ?

Il y a plusieurs méthodes.

Parfois, j'écris simplement des phrases sans prod et ensuite je cherche une instrumentale.

D'autres fois, je trouve une prod sur YouTube, je la mets sur BandLab et je commence par faire des toplines avant d'écrire.

Mais le plus souvent, je trouve une prod, je l'écoute et j'essaie de sortir des phrases un peu au hasard dans ma tête.

Ensuite j'écris, j'améliore, je change certaines choses jusqu'à ce que ça me paraisse bien.

Le refrain est souvent très important pour moi.

Quand je sens vraiment le morceau, je vais en studio, j'achète la prod et je l'enregistre.

Qu'est-ce qui déclenche cette envie de créer ?

Souvent, une prod.

Je peux écouter des instrumentales sur YouTube et tomber sur quelque chose qui me choque. Là, je me dis directement : « Il faut que j'écrive. »

L'autre déclencheur, c'est une émotion très forte.

Et souvent, malheureusement, quand je me sens mal ou triste, ça déclenche presque automatiquement l'envie d'écrire.

Mais ça peut aussi être beaucoup plus léger. Je peux être posé avec un pote, on doit faire un feat, on cherche des prods et on écrit juste en s'amusant.

Comment construis-tu un morceau entre l'idée de départ et sa version finale ?

Je travaille dessus jusqu'à ce que je sente qu'il fonctionne.

Le problème, c'est que parfois je mets énormément de temps à sortir mes morceaux. J'ai des sons enregistrés depuis deux ans qui ne sont toujours pas sortis.

En ce moment, j'essaie de réduire ce délai.

Mais parfois, c'est aussi parce qu'un morceau appartient à un projet. Il y a des titres que je ne peux pas sortir sans les autres parce qu'il existe une continuité.

Y a-t-il un morceau qui t'a permis de comprendre quelque chose de nouveau sur toi-même artistiquement ?

Je dirais W×3.

Au départ, c'était presque un délire. Je me suis dit : « Vas-y, on va essayer de rapper sur de la pop-rock, ça peut être marrant. » J'ai essayé et j'ai vraiment kiffé. Les gens aussi. Avant même d'aller en studio, j'avais déjà cette vision. Je me disais : « Ça, ça va être un banger. »

Mes potes ne comprenaient pas forcément quand je le faisais en freestyle parce qu'un freestyle dans la rue et un morceau enregistré ne sonnent pas du tout pareil. Une fois enregistré, c'était explosif.

Ça m'a donné envie de continuer à explorer cette vibe. Ensuite, j'ai essayé davantage de choses pop-rock et j'ai sorti Stop The Smiling Moon. J'ai vraiment aimé cette direction.

Avant ça, je ne pensais pas forcément rapper sur ce genre de prods.

Sortir deux albums la même année est un choix assez rare. Qu'est-ce qui t'a poussé à suivre ce rythme ?

À la base, je voulais même sortir encore plus de projets.

Mais mon côté perfectionniste m'a freiné parce qu'il manquait toujours quelque chose.

Il y avait notamment un projet commun avec un autre artiste qu'on n'a pas réussi à terminer parce qu'on n'arrivait pas à suffisamment s'organiser pour tout enregistrer.

Et j'ai aussi un autre projet que je repousse depuis des années parce qu'il manque toujours quelque chose.

À un moment, il faudra simplement que je le sorte, sinon il ne sortira jamais et il va devenir trop vieux.

Cette année, ma vie m'a aussi beaucoup inspiré. Ma vie sociale, ma vie amoureuse... tout ça.

Projets, collaborations et réussite

À quel moment as-tu compris que Stop The Smiling Moon et Éclair Nocturne 3 devaient devenir des albums ?

Pour Stop The Smiling Moon, j'avais déjà plusieurs sons.

J'avais écrit W×3, puis d'autres morceaux sont arrivés progressivement. À un moment, je me suis dit qu'ils devaient être ensemble parce qu'il y avait une bonne vibe et une continuité.

Pour Éclair Nocturne 3, ça a été beaucoup plus compliqué.

J'ai eu énormément de galères avec ce projet.

Certaines prods ne pouvaient plus être utilisées, certains beatmakers n'étaient plus forcément chauds, des feats ont sauté... L'envers du décor était assez compliqué.

Le projet n'est pas exactement celui que j'avais imaginé au départ et c'est aussi pour ça que je n'ai pas énormément fait de promotion dessus.

Mais malgré tout, je voulais qu'il sorte.

Et après ces deux projets, la suite est-elle déjà en préparation ?

Oui, carrément.

Il y a un projet sur lequel je travaille depuis longtemps. Maintenant, il faut vraiment que je le sorte parce qu'il commence à dater et ça commence à me soûler de toujours le repousser.

Je l'ai écrit en parallèle et aussi après les autres projets. On peut dire que c'est une forme de continuité.

Je pense qu'il sortira cette année. Il faut que je le sorte, sinon je vais vraiment finir par ne jamais le faire.

Aujourd'hui, avec un peu de recul, quel regard portes-tu sur ces deux projets ?

Je suis vraiment fier de Stop The Smiling Moon. J'ai trop kiffé tout le délire autour du projet et je prends encore du plaisir à l'écouter.

Pour Éclair Nocturne 3, j'ai forcément un peu le seum parce que, comme je l'ai expliqué, ce n'est pas exactement le projet qu'il devait être au départ.

Mais il y a quand même des morceaux que j'aime beaucoup dedans.

Pour Toi, Kestebo, etc. : il y a de bons sons. Même Bad Bad Movie, je le trouve stylé. C'est un morceau assez complexe parce que je parle de plusieurs personnes en même temps, mais justement, je trouve ça intéressant.

Ton featuring récent Elle veut du love avec Kidneyy marque une nouvelle collaboration dans ta discographie. Comment est née cette rencontre artistique ?

En réalité, Elle veut du love annonce surtout notre prochain EP commun.

On avait déjà fait Ils ont la haine, le premier projet, et ça fait un moment qu'on travaille sur Ils ont la haine 2.

Elle veut du love en fait partie.

On a déjà plusieurs morceaux dans nos téléphones et il y en a encore qu'on doit enregistrer.

Dès qu'on aura tout terminé correctement, on pourra sortir Ils ont la haine 2.

On avait même déjà tourné un visuel pour l'un des morceaux.

Pourquoi un projet déjà bien avancé peut-il prendre autant de temps avant de sortir ?

Parce que quand tu finances toi-même ta musique, c'est vraiment difficile.

Il faut trouver de l'argent à droite, à gauche. Tu mets énormément de tes propres sous dedans.

Quand tu n'as plus de travail ou que tu traverses une période compliquée financièrement, remettre de l'argent dans la musique devient forcément beaucoup plus difficile.

C'est aussi pour ça qu'avec Kidneyy on attend d'avoir ce qu'il faut pour enregistrer correctement tout ce qui manque.

Après, on pourra vraiment le sortir comme on le souhaite.

Qu'est-ce qui fait qu'une collaboration devient réellement intéressante pour toi ?

Le plus important, c'est d'avoir un bon lien avec l'artiste.

Il faut bien s'entendre, aimer la personne, aimer ce qu'elle fait et sentir une bonne alchimie.

Pour moi, ça doit aller au-delà du morceau.

Tu dois pouvoir faire un son ensemble et ensuite aller manger un kebab, discuter, passer du temps ensemble normalement.

Il faut une vraie bonne entente.

Et évidemment, derrière, musicalement il faut aussi que ça sonne bien et que les deux univers matchent.

Est-ce que travailler avec d'autres artistes influence ta propre manière de créer ?

Oui.

Quand je fais une collaboration, je regarde ce que l'autre fait et j'essaie de m'adapter un peu à son univers, à sa manière de poser ou au thème.

J'aime bien faire ça. Comprendre comment l'autre fonctionne et rentrer un peu dans son délire.

Avec Kidneyy, c'est différent parce qu'on a commencé ensemble.

Notre alchimie s'est construite en même temps que nous. On s'est développés ensemble et on est devenus assez complémentaires.

Aujourd'hui, comment définis-tu la réussite artistique ?

Pour moi, la vraie réussite, c'est d'avoir une communauté qui est réellement prête à venir te voir.

Tu peux avoir 10 000 abonnés. Mais la vraie question, c'est : combien de personnes sont prêtes à venir à ton concert ?

Est-ce qu'il y en a 1 000 qui vont vraiment payer une place, peut-être 30 euros, pour venir te voir et partager un moment avec toi ?

Pour moi, c'est ça la réussite. Et après le concert, que les gens aient envie de t'attendre, de discuter, d'échanger, de prendre une photo...

Qu'il existe une vraie relation entre l'artiste et sa communauté, mais aussi entre les membres de la communauté eux-mêmes.

Si j'arrive à construire ça, pour moi j'aurai réussi quelque chose.

Et la réussite financière ? Est-ce qu'à un moment elle entre forcément dans l'équation ?

Évidemment, j'aimerais pouvoir être rentable.

Mais quand tu veux vraiment devenir artiste professionnel, tu réalises vite quelque chose : tu risques de ne pas être rentable pendant très longtemps.

J'ai déjà dépensé des milliers d'euros dans la musique.

Mais c'est comme ça.

Si tu fais uniquement ça pour l'argent, ça va être compliqué. Il faut d'abord le faire parce que tu kiffes.

Il faut même être un peu fou pour se dire : « Je vais mettre autant d'argent dans quelque chose qui a peut-être très peu de chances de marcher. »

Mais tu continues quand même.

Parce que tu aimes ça.

Qu'aimerais-tu que les auditeurs retiennent lorsqu'ils découvrent ta musique ?

Déjà, j'aimerais qu'ils trouvent ça cool, qu'ils aient envie d'entrer dans l'univers, de comprendre le délire et éventuellement de rejoindre la communauté. Après, s'ils n'aiment pas, ce n'est pas grave non plus. Tout le monde ne peut pas aimer.

Mais j'aimerais surtout qu'ils puissent retenir certaines valeurs. Ne pas lâcher ses rêves. Continuer même quand il y a des galères. La vie a des hauts et des bas, c'est comme ça.

Mais il faut continuer à se motiver entre nous. Donner du love. Donner de l'amour aux autres. C'est aussi ce que j'aimerais transmettre.

Interview réalisée par SoundNZone. Questions et réponses retranscrites ici telles que publiées. Publication d'origine : Partie 1 sur Instagram · Partie 2 sur Instagram · Partie 3 sur Instagram.

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